dimanche 15 novembre 2009

La Sans Papier (partie II)

Après le choc de la nouvelle, « j’avalai ma pilule » et décidai que je ne me laisserais pas découragée par cette jambette. Au contraire, j’allais doubler d’efforts afin de prouver que j’avais toutes les compétences et les qualités nécessaires même sans les supers diplômes. Mon expérience de vie pouvait, à mon point de vue, valoir bien des papiers ! De toute façon, je n’étais pas la seule de mon espèce, je connaissais d’autres profs qui avaient un bagage d’expérience sans les papiers et qui s’en sortaient très bien.

Ma résolution de réussir n’avait d’égal que la résolution de Cruella à me détruire. Je n’avais pas conscience à quel point mon adversaire était de taille, Le fait qu’elle occupait un poste au pouvoir décisionnel et qu’elle avait une grande influence sur le directeur des études, auraient du me donner des indices, mais comme le disait si bien mon ex: "t'es dont ben naïve!"

Bref, une fois le premier coup donné, elle n’a pas tardé à finaliser son projet de destruction. Peu de temps après, je reçois un courriel de sa part me convoquant à une rencontre, sans m'informer de la raison de celle-ci. Je suis perplexe, j'ai peur de ses motivations et en même temps j'essais d'être objective, peut-être veut-elle simplement m'annoncer que je vais avoir un nouveau cours à enseigner étant donner que je venais d'en perdre un...

Le jour venu je me présentai à la rencontre, elle n'était pas seule, elle était avec une de ses collègue de la direction, avocate de profession. Mauvais signe, là je sais que je vais passer un mauvais quart d'heure. Elles étaient deux contre moi et cette situation inégale allait certainement jouer en ma défaveur. J'avais le sentiment d'aller directement vers mon exécution sans pouvoir me défendre. Effectivement, Cruella a profité de cette rencontre pour m'humilier. Sous son air mielleux et désolé, elle a fait mine d'être désemparée par ce qu'elle devait m'annoncer. Elle a insisté sur le fait que je n'avais pas mes papiers universitaires, qu'elle était donc dans l'obligation de m'enlever encore un autre cours.

Cette fois-ci, je ne me laissai pas faire. Je me défendis corps et âme, j'ai fait valoir mes droits en tant que personne. Je n'avais peut-être pas les papiers, mais j'étais inscrite à l'université et j'avais commencé des cours donc, en voie d'obtention de mon diplôme; selon la convention, elle ne pouvait pas m'enlever les cours que je donnais depuis des années, mon ancienneté devait être respectée; mes qualifications étant reconnues par mes années d'expérience; de toute façon, toujours selon la convention, le collège avait l'obligation de permettre à son personnel d'aller chercher les qualifications nécessaire afin que le salarié puisse garder son poste; elle ne pouvait enlever le gagne pain d'une mère monoparentale de trois enfants qui avait grandement besoin de ce travail pour nourrir les siens; etc, etc.

Cette femme ne voulait rien entendre j'avais beau argumenter, elle ne broncha pas. Étrangement, sa collègue ne parlait pas, n'intervenait pas, même quand j'apportais des arguments d'ordre légal, elle ne disait rien. Par contre, je la voyais jeter des regards perplexes à sa voisine, j'ai l'impression qu'elle n'avait aucunes idées des enjeux auxquels elle participait.

Finalement, comme tout était en vain, je finis par dire à Cruella, que je connaissais très bien ces motivations, les excuses administratives et les histoires de papier universitaire étaient simplement une couverture pour arriver à ses fins, le fait que j'étais la nouvelle amie de son ex-mari, faisait de moi quelqu'un à abattre. Je ne voulais pas étaler ma vie privée sur la place publique, mais elle ne m'en donnait pas le choix. Sa collègue, silencieuse depuis le début, a réagit à cet argument. Elle s'est tournée vers Cruella et voulait comprendre de quoi je parlais. Bien sûr, elle n'était pas au courant de cet histoire... elle venait d'arriver au sein de l'équipe !

Comme la vie est une jungle et que les plus forts écrasent les plus petits alors, encore une fois elle a eu gain de cause. Cette réunion a été très éprouvante pour moi, j'ai su plus tard qu'elle était dans l'obligation de me donner les raisons de cette réunion et que j'aurais pu me faire accompagner d'un membre du sydicat pour m'aider. Malheureusement, ce syndicat est boudé par ses membres, et la minorité qui tente de le garder en vie est débordée, ce qui a pour effet d'être très peu présent et peu actif au sein du collège. Cette épreuve m'a fait réaliser à quel point l'on est vulnérable quand le syndicat est faible. J'ai entendu des histoires d'horreur, au travers de mes années au collège. Des profs d'expérience, diplomés, appréciés des étudiants, solides comme le rock, ont subit les affres de la direction et comme c'était invivable, ils ont soit quitté ou ont été remerciés du revers de la main. Il faut comprendre que le directeur des études, avait établit un climat de terreur, il fallait se soumettre à sa volonté et ses exigences. Il ne supportait pas que les salariés puissent le contredire ou faire atteinte à son autorité. Je me permet ici de noter que le directeur en question et les coordonnateurs de programmes, dont Cruella, n'avaient pas de "papiers universitaires".... Exception de l'avocate qui accompagnait Cruella, ils étaient issus du Cégep ou alors du secondaire, mais avec un bagage expérimental suffisant aux yeux du propriétaire de ce collège.

J'avais la rage au coeur et du dégoût pour cette injustice, j'étais désemparée autant pour ma situation que celles de mes collègues victimes aussi de certains maniements douteux de la direction. Je ne pouvais concevoir que dans les années 2000, ce genre de traitement existait. Je crois que si l'on avait pu reculer dans le temps, les gens qui vivaient dans les années 30 n'auraient pas vue de différence avec leur contexte d'emploi.

La fibre syndicale commença à naître en moi. Je commençai à lire avec attention la convention collective et je me mis à participer activement aux réunions syndicales. Comme nous étions peu, il y avait un poste de conseillère à pourvoir que j'acceptai d'occuper. Un peu plus tard nous avons appris la démission de notre président. Il était en conflit insoluble avec le directeur et n'en pouvant plus, il quitta le navire. Nous étions abasourdis, notre président était un avocat, donc, on comptait grandement sur lui pour rendre notre syndicat plus fort. Après son départ, le poste resta vacant car, personne ne voulait prendre la relève. Nous savions tous, que chaque président qui avait tenté de rétablir le rôle du syndicat au sein du collège avait inévitablement fini par perdre son emploi. Le climat de terreur entretenu par la direction était efficace.

3 commentaires:

  1. Salut Sans-papiers, Je viens de lire ton poste, sache que je suis solidaire et crois franchement que tu as l'étoffe d'une battante, si je puis te conseiller, entoure toi de personnes qui subisse les affres de ces gens, " L'union fait la force" la force d'un bloc, d'un roc. Si cela peut te consoler, en Belgique c'est pareil au même et dirait même pire. La liberté a débuté par de très nombreuses batailles, et toutes ensembles elles firent gagner la guerre.

    RépondreSupprimer
  2. Je te souhaite beaucoup de courage.
    Si tu veux être membre de mes deux blogs tu peux.
    Ca permettra aux internautes de te connaître toi et ton blog
    Mon bon souvenir
    Jackie Caffier

    Très ému par ce que je viens de lire.

    RépondreSupprimer
  3. Venez visiter notre blog sur les astuces Facebook, profitez de promotions Amazon, inscrivez vous sur notre blog et vous recevrez nos dernières astuces en avant première : http://commentutiliserfacebook.blogspot.com/

    RépondreSupprimer