Après le choc de la nouvelle, « j’avalai ma pilule » et décidai que je ne me laisserais pas découragée par cette jambette. Au contraire, j’allais doubler d’efforts afin de prouver que j’avais toutes les compétences et les qualités nécessaires même sans les supers diplômes. Mon expérience de vie pouvait, à mon point de vue, valoir bien des papiers ! De toute façon, je n’étais pas la seule de mon espèce, je connaissais d’autres profs qui avaient un bagage d’expérience sans les papiers et qui s’en sortaient très bien.
Ma résolution de réussir n’avait d’égal que la résolution de Cruella à me détruire. Je n’avais pas conscience à quel point mon adversaire était de taille, Le fait qu’elle occupait un poste au pouvoir décisionnel et qu’elle avait une grande influence sur le directeur des études, auraient du me donner des indices, mais comme le disait si bien mon ex: "t'es dont ben naïve!"
Bref, une fois le premier coup donné, elle n’a pas tardé à finaliser son projet de destruction. Peu de temps après, je reçois un courriel de sa part me convoquant à une rencontre, sans m'informer de la raison de celle-ci. Je suis perplexe, j'ai peur de ses motivations et en même temps j'essais d'être objective, peut-être veut-elle simplement m'annoncer que je vais avoir un nouveau cours à enseigner étant donner que je venais d'en perdre un...
Le jour venu je me présentai à la rencontre, elle n'était pas seule, elle était avec une de ses collègue de la direction, avocate de profession. Mauvais signe, là je sais que je vais passer un mauvais quart d'heure. Elles étaient deux contre moi et cette situation inégale allait certainement jouer en ma défaveur. J'avais le sentiment d'aller directement vers mon exécution sans pouvoir me défendre. Effectivement, Cruella a profité de cette rencontre pour m'humilier. Sous son air mielleux et désolé, elle a fait mine d'être désemparée par ce qu'elle devait m'annoncer. Elle a insisté sur le fait que je n'avais pas mes papiers universitaires, qu'elle était donc dans l'obligation de m'enlever encore un autre cours.
Cette fois-ci, je ne me laissai pas faire. Je me défendis corps et âme, j'ai fait valoir mes droits en tant que personne. Je n'avais peut-être pas les papiers, mais j'étais inscrite à l'université et j'avais commencé des cours donc, en voie d'obtention de mon diplôme; selon la convention, elle ne pouvait pas m'enlever les cours que je donnais depuis des années, mon ancienneté devait être respectée; mes qualifications étant reconnues par mes années d'expérience; de toute façon, toujours selon la convention, le collège avait l'obligation de permettre à son personnel d'aller chercher les qualifications nécessaire afin que le salarié puisse garder son poste; elle ne pouvait enlever le gagne pain d'une mère monoparentale de trois enfants qui avait grandement besoin de ce travail pour nourrir les siens; etc, etc.
Cette femme ne voulait rien entendre j'avais beau argumenter, elle ne broncha pas. Étrangement, sa collègue ne parlait pas, n'intervenait pas, même quand j'apportais des arguments d'ordre légal, elle ne disait rien. Par contre, je la voyais jeter des regards perplexes à sa voisine, j'ai l'impression qu'elle n'avait aucunes idées des enjeux auxquels elle participait.
Finalement, comme tout était en vain, je finis par dire à Cruella, que je connaissais très bien ces motivations, les excuses administratives et les histoires de papier universitaire étaient simplement une couverture pour arriver à ses fins, le fait que j'étais la nouvelle amie de son ex-mari, faisait de moi quelqu'un à abattre. Je ne voulais pas étaler ma vie privée sur la place publique, mais elle ne m'en donnait pas le choix. Sa collègue, silencieuse depuis le début, a réagit à cet argument. Elle s'est tournée vers Cruella et voulait comprendre de quoi je parlais. Bien sûr, elle n'était pas au courant de cet histoire... elle venait d'arriver au sein de l'équipe !
Comme la vie est une jungle et que les plus forts écrasent les plus petits alors, encore une fois elle a eu gain de cause. Cette réunion a été très éprouvante pour moi, j'ai su plus tard qu'elle était dans l'obligation de me donner les raisons de cette réunion et que j'aurais pu me faire accompagner d'un membre du sydicat pour m'aider. Malheureusement, ce syndicat est boudé par ses membres, et la minorité qui tente de le garder en vie est débordée, ce qui a pour effet d'être très peu présent et peu actif au sein du collège. Cette épreuve m'a fait réaliser à quel point l'on est vulnérable quand le syndicat est faible. J'ai entendu des histoires d'horreur, au travers de mes années au collège. Des profs d'expérience, diplomés, appréciés des étudiants, solides comme le rock, ont subit les affres de la direction et comme c'était invivable, ils ont soit quitté ou ont été remerciés du revers de la main. Il faut comprendre que le directeur des études, avait établit un climat de terreur, il fallait se soumettre à sa volonté et ses exigences. Il ne supportait pas que les salariés puissent le contredire ou faire atteinte à son autorité. Je me permet ici de noter que le directeur en question et les coordonnateurs de programmes, dont Cruella, n'avaient pas de "papiers universitaires".... Exception de l'avocate qui accompagnait Cruella, ils étaient issus du Cégep ou alors du secondaire, mais avec un bagage expérimental suffisant aux yeux du propriétaire de ce collège.
J'avais la rage au coeur et du dégoût pour cette injustice, j'étais désemparée autant pour ma situation que celles de mes collègues victimes aussi de certains maniements douteux de la direction. Je ne pouvais concevoir que dans les années 2000, ce genre de traitement existait. Je crois que si l'on avait pu reculer dans le temps, les gens qui vivaient dans les années 30 n'auraient pas vue de différence avec leur contexte d'emploi.
La fibre syndicale commença à naître en moi. Je commençai à lire avec attention la convention collective et je me mis à participer activement aux réunions syndicales. Comme nous étions peu, il y avait un poste de conseillère à pourvoir que j'acceptai d'occuper. Un peu plus tard nous avons appris la démission de notre président. Il était en conflit insoluble avec le directeur et n'en pouvant plus, il quitta le navire. Nous étions abasourdis, notre président était un avocat, donc, on comptait grandement sur lui pour rendre notre syndicat plus fort. Après son départ, le poste resta vacant car, personne ne voulait prendre la relève. Nous savions tous, que chaque président qui avait tenté de rétablir le rôle du syndicat au sein du collège avait inévitablement fini par perdre son emploi. Le climat de terreur entretenu par la direction était efficace.
dimanche 15 novembre 2009
lundi 9 novembre 2009
La Sans Papier
Je me présente,
Je m'appelle La Sans Papier, je suis peu diplômée, je n'ai qu'un secondaire V et un minable diplôme en "Secrétariat" (DEP). Je ne suis pas allée au Cégep, je n'ai pas fait l'université. Mon contexte familial défavorable, mon mariage en bas âge (euh... 18 ans) et l'arrivée rapide de mes enfants m'ont projetée rapidement sur le marché du travail. J'ai donc commencé en bas de l'échelle, comme tout le monde, avec un salaire de misère et un horaire peu enviable.
Je suis quelqu'un qui adore apprendre de nouvelles choses, je me tenais au courant de tout ce qui se passait du point de vue technologique et bien d'autres domaines. Je suis en quelque sorte une autodidacte. À maintes reprises j'ai envisagé de retourner sur les bancs d'école, mais vous savez comment ça marche ? Les enfants, la vie quotidienne, les soucis financiers, m'embrouillaient un peu la vue et je n'eus pas le courage de faire le grand saut... Je préférais la sécurité d'une jobine plutôt que l'instabilité de la vie étudiante. Je m'investissais beaucoup dans mon travail, je voulais réussir, je croyais que la force de volonté me permettrait d'ouvrir des portes.
Avec le temps et bien des efforts, j'ai réussi à gravir les échelons salarials et à obtenir des postes que je n'aurais jamais même osé imaginer ! Certaines personnes ont reconnues en moi des qualités et des compétences qui m'ont permis de travailler pendant plusieurs années dans un collège privé comme enseignante en bureautique et en informatique. J'étais très fière de moi, et bien que l'argent ne soit pas une motivation principale pour moi, j'étais tout de même très contente de gagner environ 46.00 $ de l'heure ! Disons que mes fins de mois étaient moins inquiétantes.
Ça c'est la version "Fleur bleue" de mon petit roman. Maintenant passons aux choses sérieuses. Dans mon histoire, il y a une méchante sorcière qui fera tout basculer. Vous savez comme moi, la vie est une jungle et les plus forts bouffent les plus petits. Donc, une collègue de travail, que nous appellerons pour la cause, Cruella, décida un jour qu'elle en finirait avec moi. J'avais de graves conflits personnels avec Cruella, mais aucuns en rapport avec le travail. Cruella s'était séparée de son mari et maintenant j'étais la nouvelle flamme de celui-ci.
Cruella n'est pas folle. Elle a été très stratégique dans sa façon de faire, planifiant tout d'avance et préparant le terrain pour la mise à mort. Je ne voyais pas ces plans machiavéliques, je croyais tout simplement qu'elle finirait par comprendre, que de toute façon elle avait un "chum", qu'elle était supposément en amour et qu'avec le temps et un peu de patience, elle lâcherait le morceau. Pour diminuer la tension et rendre mon environnement de travail plus agréable, je demandai à mon supérieur de déménager mon bureau de place. Je pensais que mon déménagement d'étage allait permettre d'éviter que nous nous croisions inutilement , Cruella et moi, et éviter ainsi de mettre de l'huile sur le feu. Mais, pour une raison que je ne pouvais expliquer, elle prenait plaisir à passer par le couloir de mon bureau et m'espionner.
Une bonne journée, une étudiante m'aborda et demanda à me parler en privé. Je m'empressai d'accepter en croyant qu'elle avait besoin d'aide. Qu'elle ne fût pas ma surprise quand elle me donna cet avertissement: "Fais attention au nouveau groupe à qui tu enseignes, il y a des filles dans ce groupe qui sont là pour te faire du mal... Cruella les a mis de son bord pour te faire mettre dehors." J'étais bouche bée, quelque peu confuse et j'avais de la difficulté à croire ce que je venais d'entendre. Néanmoins, je la remercia pour cette information et je suis devenue plus méfiante par la suite.
Avec le temps et le train train quotidien, je baissai mes gardes et oublia cet avertissement. Je m'étais rapprochée de ce nouveau groupe et j'avais vraiment l'impression d'être appréciée comme prof. Tout allait pour le mieux.
Une bonne journée, je reçus un courriel de Cruella m'avisant que dorénavant, je ne pourrais plus dispenser un cours que je donnais depuis plusieurs années, car je n'avais pas les qualifications exigées !!!! Ben oui, c'est sûr, je n'ai pas de diplôme universitaire, ce fut son argument de poids. Comme école, elle était dans l'obligation de trouver un "vrai" prof..., elle s'est bien gardée de m'offrir les outils qu'il me fallait pour me qualifier. J'ai tenté faiblement de me défendre, sans plus. Après tout,elle avait "comme genre" raison, je n'avais pas de papiers universitaires et j'avais d'autres cours alors, aussi bien pas faire de chicane avec ça. J'étais ébranlée, je trouvais ça bien injuste, et j'avais l'impression de ne plus valoir grand chose.
Ce n'était que le début d'une série de coups qu'elle avait préparés pour moi. Elle m'avait réservée d'autres surprises, les unes plus percutantes que les autres... Quel fut son astuce numéro 2 ?
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Je m'appelle La Sans Papier, je suis peu diplômée, je n'ai qu'un secondaire V et un minable diplôme en "Secrétariat" (DEP). Je ne suis pas allée au Cégep, je n'ai pas fait l'université. Mon contexte familial défavorable, mon mariage en bas âge (euh... 18 ans) et l'arrivée rapide de mes enfants m'ont projetée rapidement sur le marché du travail. J'ai donc commencé en bas de l'échelle, comme tout le monde, avec un salaire de misère et un horaire peu enviable.
Je suis quelqu'un qui adore apprendre de nouvelles choses, je me tenais au courant de tout ce qui se passait du point de vue technologique et bien d'autres domaines. Je suis en quelque sorte une autodidacte. À maintes reprises j'ai envisagé de retourner sur les bancs d'école, mais vous savez comment ça marche ? Les enfants, la vie quotidienne, les soucis financiers, m'embrouillaient un peu la vue et je n'eus pas le courage de faire le grand saut... Je préférais la sécurité d'une jobine plutôt que l'instabilité de la vie étudiante. Je m'investissais beaucoup dans mon travail, je voulais réussir, je croyais que la force de volonté me permettrait d'ouvrir des portes.
Avec le temps et bien des efforts, j'ai réussi à gravir les échelons salarials et à obtenir des postes que je n'aurais jamais même osé imaginer ! Certaines personnes ont reconnues en moi des qualités et des compétences qui m'ont permis de travailler pendant plusieurs années dans un collège privé comme enseignante en bureautique et en informatique. J'étais très fière de moi, et bien que l'argent ne soit pas une motivation principale pour moi, j'étais tout de même très contente de gagner environ 46.00 $ de l'heure ! Disons que mes fins de mois étaient moins inquiétantes.
Ça c'est la version "Fleur bleue" de mon petit roman. Maintenant passons aux choses sérieuses. Dans mon histoire, il y a une méchante sorcière qui fera tout basculer. Vous savez comme moi, la vie est une jungle et les plus forts bouffent les plus petits. Donc, une collègue de travail, que nous appellerons pour la cause, Cruella, décida un jour qu'elle en finirait avec moi. J'avais de graves conflits personnels avec Cruella, mais aucuns en rapport avec le travail. Cruella s'était séparée de son mari et maintenant j'étais la nouvelle flamme de celui-ci.
Cruella n'est pas folle. Elle a été très stratégique dans sa façon de faire, planifiant tout d'avance et préparant le terrain pour la mise à mort. Je ne voyais pas ces plans machiavéliques, je croyais tout simplement qu'elle finirait par comprendre, que de toute façon elle avait un "chum", qu'elle était supposément en amour et qu'avec le temps et un peu de patience, elle lâcherait le morceau. Pour diminuer la tension et rendre mon environnement de travail plus agréable, je demandai à mon supérieur de déménager mon bureau de place. Je pensais que mon déménagement d'étage allait permettre d'éviter que nous nous croisions inutilement , Cruella et moi, et éviter ainsi de mettre de l'huile sur le feu. Mais, pour une raison que je ne pouvais expliquer, elle prenait plaisir à passer par le couloir de mon bureau et m'espionner.
Une bonne journée, une étudiante m'aborda et demanda à me parler en privé. Je m'empressai d'accepter en croyant qu'elle avait besoin d'aide. Qu'elle ne fût pas ma surprise quand elle me donna cet avertissement: "Fais attention au nouveau groupe à qui tu enseignes, il y a des filles dans ce groupe qui sont là pour te faire du mal... Cruella les a mis de son bord pour te faire mettre dehors." J'étais bouche bée, quelque peu confuse et j'avais de la difficulté à croire ce que je venais d'entendre. Néanmoins, je la remercia pour cette information et je suis devenue plus méfiante par la suite.
Avec le temps et le train train quotidien, je baissai mes gardes et oublia cet avertissement. Je m'étais rapprochée de ce nouveau groupe et j'avais vraiment l'impression d'être appréciée comme prof. Tout allait pour le mieux.
Une bonne journée, je reçus un courriel de Cruella m'avisant que dorénavant, je ne pourrais plus dispenser un cours que je donnais depuis plusieurs années, car je n'avais pas les qualifications exigées !!!! Ben oui, c'est sûr, je n'ai pas de diplôme universitaire, ce fut son argument de poids. Comme école, elle était dans l'obligation de trouver un "vrai" prof..., elle s'est bien gardée de m'offrir les outils qu'il me fallait pour me qualifier. J'ai tenté faiblement de me défendre, sans plus. Après tout,elle avait "comme genre" raison, je n'avais pas de papiers universitaires et j'avais d'autres cours alors, aussi bien pas faire de chicane avec ça. J'étais ébranlée, je trouvais ça bien injuste, et j'avais l'impression de ne plus valoir grand chose.
Ce n'était que le début d'une série de coups qu'elle avait préparés pour moi. Elle m'avait réservée d'autres surprises, les unes plus percutantes que les autres... Quel fut son astuce numéro 2 ?
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